Stairway to Heaven (Escada para o Paraiso)

Le premier jour de décembre – nous l’espérions plus lumineux – fut finalement le bon pour la deuxième randonnée proposée par Germain Leclerc, infatigable éclaireur d’un Portugal qu’il connaît comme sa poche… sur les cartes Michelin.
Vers le Nord-Est de Figueira, à deux petites heures de route, un peu au-delà de la jolie petite ville d’Arouca, va se nicher avec noblesse et âpreté le Rio Paiva, réputé pour être l’un des cours d’eau européens les plus salubres : pas de pollueurs en amont, pas (ou peu) en aval. Seuls quelques maladresses de rafteurs intempestifs griffent de temps à autre quelque roc inusable. Pas de quoi déranger Nicolas Hulot dans ses grandes vacances.

La balade, sans aménagement, eut été sportive, voire dangereuse. Grâce à une longue flânerie romantique faite de bois imputrescible et de visserie discrète (Os Passadiços do Paiva), et dont l’accès vous est acquis pour la pharaonique somme de deux euros, elle reste physique mais néanmoins familiale. On imagine d’ailleurs les cohortes estivales cherchant ici, en petite montagne, une fraîcheur salutaire.

C’est simplement beau. Comme tout ce qui était là avant nous et le sera encore après. Mais Germain a choisi de conduire le petit groupe – une petite douzaine

(1) – selon l’itinéraire qui présente la grosse difficulté au tout début : plus de cinq-cents marches pour lesquelles chacun doit trouver son juste rythme. Avec tout de même, comme soutien psychologique, la promesse d’un casse-croûte colonial (?) qu’aura confectionné avec délicatesse et calories la douce Gisèle. Et si ventre affamé n’a pas d’oreilles, la gourmandise peut donner des ailes…Fût-ce pour de simples maquereaux et sardines à l’huile, réhaussés de l’emblématique pastel de nata.

Arrivée en ordre dispersé en haut des marches et il ne restera rien ou presque de ce « piquenique francês » qui fait sourire les marcheurs portugais qui nous dépassent.

Le reste (la balade en tout n’atteint pas tout-à-fait les 9 kilomètres) paraît très facile et il est enivrant de suivre ce cours d’eau qui n’en fait qu’à sa tête et repart de plus belle en fonction des torrents qui viennent l’alimenter. Il se la joue colère ou calme plat, selon la pente et le terrain, piège son écume pour un épais tapis blanc ou propose une véritable définition de la limpidité. Autour la nature hésite entre les couleurs flatteuses de l’automne et la mort annoncée de l’hiver, des champignons jouent à qui sera le plus moche, des panneaux nous renseignent sur les merveilleux « Borboletas » que nous ne verrons jamais. Un côté « hors saison » plus délicieux que mélancolique. On papote, par petits groupes, on s’isole pour taper une vraie marche, et une passerelle suspendue nous permet de saluer, en douce, le Harrison Ford d’Indiana Jones…
Une chaîne n’étant forte que de son maillon le plus faible, nous avons mis tranquillement deux fois le temps nécessaire pour cette heureuse découverte. Mais faire durer le plaisir, entre amis, reste une idée très défendable.
Un grand merci à Germain pour avoir reconnu pour nous ce chemin inoubliable et que nous vous recommandons sans réserve.

J.-F. B.
(1) Pascal et Brigitte, Francis et Nathalie, Jean-François et Dominique, Pascal, Antoine, Florane, Germain et Gisèle.

(Reproduit avec l’aimable autorisation de Jean-François Bourgeot)